Beaux efforts à Belfort

Le championnat de France débute lundi 9 août à Belfort
La dernière (et première) fois où le championnat de France a été attribué à Belfort, c’était en 1983. Jean-Paul Touzé était un personnage haut en couleurs et voyait déjà grand pour la France des 64 cases. Le championnat du monde junior était organisé en même temps! Haïk termina ex æquo avec Herb dans le National, mais Aldo remporta le match de départages… en parties longues quelques mois plus tard. Ce n’était pas la roulette des parties rapides. Salov était très impressionnant, mais le Bulgare Guéorguiev avait gagné.

Après avoir fait un petit tour sur Belfort, la présentation du cht de France 2010, passez par la case souvenir de cette ville échiquéenne française… sans débourser 20 000, juste en cliquant ligne suivante.

Belfort, version 2010
Spassky et Karpov viendront serrer des louches. Je recommande chaudement aux kibbitz
amateurs d’autographes d’apporter leur livre pour les dédicaces. Péniblet adore ça, il viendra sûrement avec sa valise.

Les blitzeurs auront paraît-il leur dose tous les soirs. Purée, ça me donne envie de passer!
La page spéciale du cht de France est là;

En épluchant les noms des participants déjà inscrits, on voit César Boutteville. Il joue l’accession! Renversant à 93 ans!

Le National
Tiens, Maxime Vachier-Lagrave n’est pas là. Pourquoi? Sais pô. Il vient de terminer Bienne, et alors? Bacrot est là. Fressinet aussi. Aïe, c’est bulle motomatique pour Laurent. Soyons moins cruel: Bacrot fait souvent le point.
‘Powerguru’ est là. C’est ki slui là? C’est le pseudonyme de Iossif Dorfman sur le site de ChessBase. La règle corsico-bulgare sur les nulles sera-t-elle appliquée? Si Iossif s’est inscrit, j’en doute car Iossif est un pro, il ne se déplace jamais gratuitement.
Ceci dit, c’est le client pratiquement impossible à battre. Faut juste lui faire un peu peur et lui proposer nulle au bon moment. Après on n’a pas de partie gratuite, mais un cours gratuit à l’analyse. Vous maître, moi patate. Cela vaut vraiment le coup, même si la nulle fait 20 coups. Je ne peux vous faire son accent par écrit. Dommage. Surtout quand il se fait arnaquer dans une partie de tarots infernale. ‘J’étais complètement gagnant, c’est pas pôssibleu’

 

Le National féminin
Le compteur explose avec six joueuses! Franchement, avec 4 joueuses, ce tournoi serait encore plus intéressant. Pfff… c’est grotesque. Bon, ça se jouera entre Skriptchenko et Millet et… entre Milliet et Skriptchenko. Je dirais même plus… Ah si! Pauline Guichard, en progression, peut jouer les trouble-fête sur quelques parties.

Le National B
A zapper par principe. Je pense que ça ne sert à rien et que ça coûte trop cher. C’est idiot, car certains joueurs devraient être dans le National. Et ce tournoi sera probablement plus combatif que le National lui-même. Finalement, on devrait faire comme en Grande-Bretagne: un grand open de forts joueurs (mais des gros prix) plutôt que 2 tournois fermés plus ou moins protégés, mais c’est un autre débat.

L’hébergement
Oyez, oyez, il reste des places à la Résidence universitaire. Cela me rappelle mes premiers championnats de France, et notamment le premier à Castelnaudary, en 1978. Les légionnaires, le cassoulet, les chambres exiguës et Loubatière en sandales. Et Abravanel über alles en blitz. Comme dans chaque championnat de France, Jean-Paul a dû se farcir des négos à la noix avec ces messieurs du National: je veux l’hôtel machin que l’autre a et pas moi, et mes étoiles, et le joueur truc qui souhaite ardemment resquiller les petits déjeuners pour sa femme, eh Jean-Paul une chambre double tout confort, s’il te plaît. Bref, la routine.

Le temps
Très important pour les plagistes. N’oubliez pas votre serviette et le parasol. Euh… pardon le parapluie car Météo France prévoit quelques averses la première semaine avec un peu d’orage. Mais pourquoi je vous dis ça? C’est n’importe quoi! Vous serez enfermé dans votre partie pendant des heures. Et ensuite, direction kibbitzage du National. Après, on va manger et dodo, boîte, blitz ou bars.

Bon, c’est pas tout ça, mais j’ai fait le tour de l’horloge à travailler. Cela me donne envie d’aller me taper une choucroute avec Jean-Paul et de blitzer. A bientôt!

***

Le Belfort de 1983

Jean-Paul Touzé avait le génie de s’engueuler avec les organisateurs, les responsables, de mettre au pas les joueurs, les ligues. Le temps, la loi, quelques procédures et bonnes pratiques lui ont donné raison. Et JP s’est calmé! Je n’arrive toujours pas à comprendre ce qui peut encore le motiver ce gars. Son énergie débordante pour maintenir Belfort-Échecs dans le toujours plus? Il est vrai qu’après la Coupe du monde 1988 et Karpov, Kasparov, Spassky et Botvinnik et Smyslov en invités spéciaux, c’est prodigieux.

Les photos de JP Touzé: albums
Si vous êtes ‘ami’ de JP Touzé sur son Facebook, allez faire un tour sur les photos: elles résument son parcours d’organisateur. L’une d’elles me fait systématiquement chialer, je ne sais pourquoi: on voit Touzé au-delà des 150 kg avec, à ses côtés, le Ponomariov tout chétif que l’on a connu à ses débuts, comme s’il cherchait l’air pour respirer. Tous deux sont heureux. Ils sourient pleine face sur cette photo floue et partagent toujours la même passion.

Le championnat du monde junior 1983
De mémoire, la France avait accueilli quelques championnats du monde jeunes: Creil, Wattignies, Cagnes-sur-Mer (avec Kasparov). Quand, en 1983, JP Touzé couple le championnat de France avec les championnats du monde junior, c’est le début d’une longue saga de tournois internationaux. Le gars n’est pas facile, il s’oppose au président Lambert, mais il bénéficie du soutien indéfectible du maire Jean-Pierre Chevènement qui a participé à victoire de la gauche deux ans auparavant. Chevènement, malgré les aléas de son parcours politique, supportera toujours les échecs à Belfort.
Dans le junior, de jeunes cadors comme Hector, Short, Kiril Guéorguiev, Stohl, Dlugy sont là. Salov? Connaissais pas. Il rit comme Buster Keaton. Mais il visse comme Botvinnik. J’ai le souvenir d’une domination et d’une compréhension supérieure dans le jeu par rapport à ses concurrents.

De son côté, Short fit une déclaration provocante antifrançaise. Elle provoqua l’ire de Touzé. Et quand Touzé bramait, ça s’entendait jusqu’en Suisse. C’est du reste le seul responsable fédéral qui m’a réveillé un matin à 7 h pour m’engueuler suite à un article. Sacré Jean-Paul! In fine, Short s’excusa de mauvaise grâce sous la pression de sa délégation.

Un tournoi de blitz général
Il eut lieu la journée de repos. La seule chose dont je me souvienne, c’est que je me fis massacrer par tout un tas de d’jeuns du tournoi junior mondial. Des jeunes qui avaient 4 ans de moins! J’avais pourtant piégé Dlugy dans une variante théorique à sacrifices de la Najdorf, mais sa rapidité et son talent défensif eurent raison au final. Quel blitzeur né, quel talent!

L’open: une petite terreur qui vient du Nooord
Une petite terreur entraînée par Yves Lamorelle se distinguait: Jean-Marc Degrave. Assez petit pour ses 12 ans, gaucher, il était accompagné de son grand frère Jean-Pierre, jouant aussi, et de ses parents si ma mémoire est bonne.
‘Jim’ comme le circuit l’appellera plus tard, avait déjà cette moue bizarre mais ce sourire sympa du gosse timide.
Quand on s’est affronté dans l’open, il faisait déjà sensation. Il terminera du reste dans les premiers, 8e je crois. Il faisait tous les tournois de jeunes avec Api(cella) de sorte que je connaissais déjà le zigue. Mais quand on sent le vent de la force d’un jeune sur l’échiquier, c’est tout autre chose!

Qui c’est qui fait la femme?
Cet été 1983, je revenais fauchman du tournoi interceltique de Lorient puis d’un petit tournoi à Lesneven (Finistère) où j’avais traîné Jean-Pierre Mercier. La vie était dure: nous mangions des petits pots Blédina dans un parc la plupart des midis. Et les soirées n’étaient pas géniales à Lesneven. Juste un bar avec un troquet où l’on s’est très vite fait virer. Pourquoi? Un gars nous a cherché des noises alors qu’on jouait pacifiquement au flipper; il a posé la question qu’il ne fallait pas: ‘Qui c’est qui fait la femme?’.
Pour ceux qui ne le connnaissent pas, JP est très susceptible. Il a pris a tempo le mec au niveau du col, l’a traîné dehors pour le massacrer. Le patron nous a viré avec d’autres potes. Nous sommes partis dans le froid. L’expression est restée. Et nous sommes revenus à Paris en stop, ramenés en partie par la fille d’Henri de Virieu, l’animateur de l’émission ‘L’Heure de vérité’. Avant de rejoindre Belfort.