Échecs et dame : une mémorable « partie miroir »
La FFE impose aux équipes évoluant en Top 12, Nationale 1 et Nationale 2 d’avoir au moins une femme française sur les huit échiquiers. Elle l’exigeait également pour les équipes, beaucoup plus nombreuses, de Nationale 3. Ces dernières ont un jour grondé et menacé de chanter « les aristocrates de la FFE à la lanterne ». Et la FFE a fini par plier.
Comment faisaient auparavant certaines « pauvres » équipes de N3 SANS femme ? C’était Joe la débrouille. La copine d’un pote jouait dix minutes avant de partir, un capitaine recrutait dans la rue au hasard une femme contre un petit billet. « Tu ne sais pas jouer ? Pas grave, tu pousses le pion de deux cases, tu pousses ensuite le fou en diagonale et tu abandonnes. On perd la partie, mais nous ne sommes par pénalisés ». Et tout le monde était content dans l’hypocrisie la plus totale. « Développer les échecs féminins » qu’ils disaient…
Un jour, cette mascarade atteignit son paroxysme. Un camarade d’un ex-club dont le métier était de vendre des fichiers ciblés se souvient : « Deux jours avant le match du dimanche, j’avais passé une annonce. La candidate gagnerait 50 € pour 15 min de présence. Je reçois une demi-douzaine de réponses. Je dois t’avouer que je choisis la plus canon. Elle arrive au club avec une mini-jupe… bon, tu imagines la réaction des joueurs, personne ne la connaissait.
Dehors, je prends sa licence en ligne. Je lui explique brièvement la stratégie : elle doit jouer ses coups « en miroir » des coups blancs de son adversaire.
La partie commence.1.e4donc 1.e5de sa part. Mais son adversaire est si faible qu’elle tente le Coup du Berger par 2.Dh5
Ma recrue de dernière minute suit donc les instructions et joue 2…Dh4.Son adversaire est interloquée, la regarde et prend la dame par 3.Dxh4.Et là, notre « féminine » se retourne vers moi désemparée. J’arrête le ridicule de la situation et lui demande d’abandonner. Elle ne sait pas ce que cela signifie mais signe sa feuille de partie.
La pointe de la pointe ? Son adversaire, frustrée d’avoir fait un long déplacement sans vraiment jouer, lui dit alors qu’elle enfilait son manteau : « Vous ne voulez pas faire quelques blitz ? »