Netflix: documentaire sur Judit Polgar

C’est la plus petite des sœurs hongroises Polgar et elle est devenue la seule femme à rentrer dans le top 10… et à battre Kasparov une seule fois en partie rapide (+12 =4 -1 en faveur de Kasparov). Judit, ses deux sœurs et ses parents étaient venus au tournoi rapide d’Aubervilliers dans la région parisienne au début des années 1980.

Pour elles, c’était une chance de sortir de la Hongrie communiste (et d’y revenir) et pour le père de démontrer qu’à force de travail et de fiches, il avait fabriqué trois championnes à la maison. Elles firent sensation. L’artisan derrière cette arrivée en France fut Pierre Nolot, ex-rédacteur en chef d’Europe Échecs qui faisait des reportages dans toute l’Europe sur des matches d’ordinateur. C’est ainsi qu’à Budapest, il rencontra toute la famille.

A partir du moment où Judit explosa, toute la famille put visiter le monde. Bien sûr, les résultats s’enchaînaient comme la victoire historique de Szofia à Rome en 1989 (8,5/9 !) et le titre de championne du monde de Zsuzsa en 1996.

Pour tous les jeunes ou tous ceux qui n’ont pas assisté à l’ascension de Judit, le documentaire remet tout en perspective, notamment les GMI mauvais joueurs qui n’ont pas accepté la défaite contre ce petit démon.

Judit, reste toujours souriante, mesurée, mais sur l’échiquier, c’est la guerre comme dans une cage de MMA. En mauvaise posture ? Elle cherche toujours la possibilité de s’en sortir et a souvent inversé le résultat attendu grâce à son extraordinaire vision tactique.

Elle ne renonce jamais et son sens de l’humour légèrement piquant se sent tout au long du documentaire. Certes, il est hagiographique avec beaucoup d’images inédites. Ainsi grâce à une caméra de la télé espagnole que l’équipe avait oublié de ramener de Linares, on put démêler à quelques dixièmes de secondes près que Kasparov avait bien lâché sa pièce sur une case avant de la reprendre.

De la mousse et du bruit dans la presse espagnole… Garri et Judit ne se parlèrent pas pendant trois ans… et un jour Kasparov l’invita en Croatie, dans sa base d’entraînement où son jeu favori est de faire la « banane dans la mer ». Judit gagnera « car je ne suis jamais tombé à l’eau ». Même en vacances, elle veut toujours gagner.

Petite accroc involontaire : dans la dernière minute, on remet une médaille à Judit et l’on voit, tout sourire, un ancien dirigeant qui a fait tant de bonnes choses pour le club de Clichy au XXe siècle avant un mauvais bilan à la présidence de la FFE. Et un modus operandi : « Si tu n’es pas avec moi, tu es contre moi ». Tout contre. Et ils n’ont pas coupé au montage dans la VF.