Pierre Nolot 1945-2026
Pierre Nolot, ancien rédacteur en chef d’Europe Échecs, est décédé le 7 mars 2026. Né le 18 février 1945, il venait d’avoir 81 ans. Après avoir débuté dans l’Yonne, il avait poursuivi sa carrière de journaliste à Yaoundé (Cameroun) où il était devenu très ami avec Hervé Bourges, devenu plus tard grand manitou dans l’audiovisuel. Bourges lui avait proposé un poste à responsabilité dans TF1 nouvellement privatisé. Pierre avait refusé, il n’aimait pas les pistons. Il avait préféré participer à la « remontada » d’Europe Échecs qui était épaulée par les tests des ordinateurs d’échecs dédiés. Il les testait pendant des heures et cela ramenait aussi de la publicité. Vint ensuite la manne du Minitel.
Les tests ? Il y passait des heures dans son appartement proche de Beaubourg pour trouver des positions qui résistaient aux ordinateurs. Sa fiche Wikipedia donne encore les fameux « tests Nolot ». C’était véritablement sa passion, mais il fallait organiser le journal avec une jeune équipe de pigistes dont j’ai modestement fait partie. Des joueurs comme Renet, Apicella, Birmingham (et la photographe Catherine Jaeg) commentaient les parties et les tournois. Et bien sûr, Bachar Kouatly fit la Une du journal en 1989 avec un énorme cigare pour fêter son titre de premier grand maître français !
Le Mur de Berlin’était pas tombé et les joueurs titrés avaient de bonnes conditions partout notamment dans les tournois fermés. Lors d’un déplacement en Hongrie pour ses ordinateurs, il avait pu contacter les sœurs Polgar et leurs parents. Il les fit venir au fameux tournoi de parties semi-rapides d’Aubervilliers. Des barrières avaient été installées autour de la jeune Judit, la véritable attraction.
Et puis « les histoires d’amour finissent toujours mal » comme dans la chanson. Raoul Bertolo, le propriétaire d’EE, se brouilla avec Pierre et le licencia. Pierre continua ses tests dans le petit journal Gambisco mais déclara une guerre prud’hommale à EE, sans rien connaître au droit, mais en s’y penchant corps et âme. Ce n’était pas l’homme de la demi-mesure. Il devint son super avocat. Et il gagna toutes ses procédures à tel point qu’il finit pas siéger beaucoup plus tard au Conseil des Prud’hommes côté salarié en gardant sa carte au Syndicat National des Journalistes.
Nombre de personnalités vinrent le consulter. ll les faisaient gagner sans demander un centime. Je me souviens avoir tapé les « conclusions » d’un procès en appel d’une VIP ‘fille de’ licenciée « sans cause réelle et sérieuse » de l’hebdomadaire VSD. Ah ! Tout était rédigé au cordeau avec de succulentes expressions latines propres au droit telles in limine litis :
Il s’investit aussi une dizaine d’années dans le club de Clichy, emmena au Mali et au Sénégal pour une tournée ceux qui étaient presque ses enfants à l’époque : Mercier, Renet, Birmingham et Fayard. Ancien joueur de bridge, sa mémoire était infaillible y compris sur les dates de tournois d’échecs !
Adieu mon cher Pierre. Je ne pourrai plus monter tes 5 étages en 17 secondes alors que tu m’attendais avec délectation un chronomètre en main ! Avec ta disparition, un pan de l’histoire des échecs français et d’Europe Échecs même s’en va.